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Alors que l'Antiquité imprègne encore
profondément les arts en ce Moyen Âge roman, y compris dans le domaine religieux, un
sculpteur itinérant, dont le nom nous restera à jamais inconnu, va
marquer de son style bien particulier bon nombre d'édifices des terres
d'Aude.
Le Maître de Cabestany, puisque nous en
sommes réduit à l'appeler ainsi, du nom d'un village des Pyrénées
Orientales où l'on a pour la première fois remarqué la particularité de
son oeuvre sur le tympan de l'église paroissiale, a révolutionné l'art
de la sculpture et de l'ornement dans tout le bassin méditerranéen.
Par
sa virtuosité et son coup de ciseau parfaitement reconnaissable, même
des néophytes en matière de scultpure médiévale, ce génie s'est imposé
dans un très grand nombre d'édifices religieux du Languedoc, du
Roussillon, de la Catalogne et même au delà, en Navarre et en Toscane.
La région autour de Carcassonne conserve
de très nombreux témoignages de son passage, ou de son influence
directe et quelques unes de ses oeuvres majeurs : l'abbaye de
Saint Hilaire, qui possède un sarcophage reliquaire en marbre, l'abbaye
de Lagrasse dans les Corbières, l'abbaye de Saint Papoul en Lauragais,
mais aussi l'église de Rieux Minervois.
"Son
style, si original, le distingue de tous les autres sculpteurs
contemporains. Il est particulièrement remarquable dans le type
physique des personnages aux mains immenses, aux yeux étirés où la
pupille est mise en évidence par les deux trous de trépan qui
l’encadrent, par le front bas et le menton quasi inexistant. Les
visages peuvent être quiets, tel celui de Marie, ou terrifiants, tel
celui du Christ sur le tympan de Cabestany. A ces aspects il faut
ajouter l’inspiration antique, très sensible sur l’autel-sarchophage de
Saint Sernin à Saint Hilaire d’Aude, et des compositions au sens de
lecture inversé (de droite à gauche) sur le portail du Boulou, l’autel
de Saint Sernin, la colonne de Sugana (Toscane)".
(GÉRALDINE MALLET, Docteur en Histoire de l’Art, Univ. De Montpellier)
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