La Cité, c'est d'abord les trois kilomètres de murailles, et les 52 tours qui constituent les fortifications. Ces
chiffres sont impressionnants, mais ils donnent bien la mesure du
monument. L'ensemble des fortifications de la Cité représente près de
deux mille ans d'histoire de l'architecture militaire, depuis l'époque
gallo-romaine jusqu'au début du 20e siècle, quand les derniers travaux
de restaurations furent achevés.
 La
partie la plus ancienne se trouve sur le flanc nord. Il s'agit des
tours gallo-romaines, qu'on appelle aussi souvent les tours
wisigothiques. Facilement reconnaissables, ces tours sont moins hautes
que les autres, souvent en forme de U ou de fer à cheval, et non pas
rondes. Elles possèdent de larges ouvertures, adaptées aux armements de
l'Antiquité, au tir au javelot en particulier. Certaines de ces
ouvertures furent comblées ou réduites à l'époque médiévale, pour ne
laisser qu'une mince fente permettant le tir à l'arc ou à l'arbalète,
sans être mis en danger par des tirs éventuels d'ennemis. Ces tours ont
des toits assez peu pentus, couverts de tuiles romaines.
La
majeure partie des remparts date cependant du Moyen-Âge, principalement
des 13e et 14e siècle, à l'époque où Carcassonne devient française, et
place militaire et stratégique de tout premier plan. La Porte
Narbonnaise, entrée principale de la Cité et ses deux hautes tours
jumelles, la Tour du Trésau, tout le flanc Est et Sud, une grande
partie du Château ainsi que la totalité de la ceinture de rempart
extérieure date de l'époque française.
Cette
architecture "française" se caractérise principalement par des tours
plus hautes, rondes, aux toitures plus pointues, aux murs façonnés en
"appareil à bossage", c'est à dire construites en grosses pierres
taillées de manière assez régulière et qui ont la particularité de ne
pas avoir de surface apparente lisse (d'où le nom de
bossage). Les spécialistes se disputent encore sur l'intérêt de ces
reliefs sur la surface des blocs de pierre : question de coût (la
taille brute sans finition ni lissage coûte moins cher) ? Question
d'esthétique (un mur à facettes aurait été plus agréable à
regarder...) ? Question de stratégie militaire (un mur lisse facilite
la pose d'échelles, ce qui est quasi impossible sur un mur irrégulier,
les échelles n'ayant aucune stabilité) ? Peut être la solution se
trouve-t-elle dans les trois réponses à la fois...
Le
rempart extérieur ne possède quasiment aucune haute tour, mais est
composé essentiellement de barbacanes, qui sont des tours
semi-circulaires ouvertes, sans toiture. Un ennemi qui aurait réussi à
accéder à la première ligne de fortification et à ces barbacanes se
serait ainsi retrouvé sans protection aucune, sur des murs et des tours
ouvertes vers l'espace intérieur des lices, et donc totalement
vulnérable aux tirs des défenseurs postés sur les murailles et tours du
rempart intérieur, placé au dessus de lui. Absolument rien n'était
laissé au hasard !
La
Ville Basse de Carcassonne, la Bastide Saint Louis, possédait autrefois
aussi des fortifications. Elles avaient été édifiées au 14e siècle,
après le passage destructeur du Prince Noir et de ses troupes, qui
avaient ravagé la région en 1355.
Elles furent démolies au 18e siècle par l'évêque du moment, Bazin de Bezons, qui les remplaça par la ceinture de boulevards actuels. Il en reste toutefois quelques vestiges assez intéressants : les Bastions (bastion St Martin, bastion de Montmorency et Tour Grosse), et un large pan de mur le long du Portail des Jacobins, l'entrée monumentale sud de la Bastide.
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