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Beatrís de Planissòlas est l’unique opéra en langue occitane, sans doute la langue la mieux indiquée pour évoquer le catharisme. Un opéra du répertoire contemporain. Jacques Charpentier en a composé la musique et a demandé à René Nelli, poète, spécialiste du catharisme, d’écrire le livret. Nelli, décédé en 1982, utilisa les minutes, entièrement rédigées en occitan, du procès en Inquisition de Beatrís à Pamiers. La création de cet opéra eut lieu le 22 juillet 1971 au Festival d’Aix-en-Provence. Cette oeuvre évoque l’histoire authentique d’une femme accusée d’hérésie cathare. C’était au temps de l’Inquisition. Un temps où on ne badinait pas avec les amours impures.
Depuis sa création, cet opéra a été délaissé, et joué seulement à quatre reprises. Une représentation en 1973 au Théâtre du Capitole, à Toulouse, une en 2000 à Béziers et une dernière en 2002 à nouveau à Toulouse, la représentation de Beatrís de Planissòlas, est donc un événement rare.
Pour mieux supporter son veuvage, Beatrís de Planissòlas trouvait réconfort auprès du curé du village, Pierre Clergue. Ils se donnaient rendez-vous dans l’église tous les vendredis. L’autel de la Vierge Marie accueillait leurs ébats torrides. Beatrís n’était pas n’importe qui : elle était la châtelaine de Montaillou, village ariégeois qui, six siècles et demi plus tard, sera rendu célèbre par l’ouvrage d’Emmanuel Leroy-Ladurie. En cette année 1320, alors que le catharisme n’est pas encore complètement éradiqué, Beatrís s’attire bien vite les foudres de l’Inquisition et en particulier de l’évêque Fournier, futur pape Benoît XII. Beatrís et Pierre, accusés d’hérésie, comparaissent devant le tribunal de l’Inquisition, à Pamiers.
L’histoire authentique de Beatrís de Planissòlas est exceptionnelle. En ces temps d’Inquisition, il était rarissime, lorsqu’on se voyait accusé d’hérésie, de ne pas finir sur le bûcher. Par la sincérité de ses réponses, par la dimension spirituelle qu’elle donne à ses actes, Beatrís parvient à convaincre l’évêque Fournier qu’elle n’est pas coupable. L’accusation d’hérésie cathare est levée. De surcroît, la jeune femme fait prendre conscience à l’évêque que l’amour, lorsqu’il est vrai, écarte les impuretés. Elle parvient ainsi à sublimer son péché. Pour Beatrís , tous les chemins mènent à Dieu.
Comme la plupart des compositions contemporaines, Beatrís de Planissòlas - soixante-dix minutes sans entracte - est une oeuvre très difficile à appréhender pour le simple profane. " Cet opéra comporte des séquences aléatoires", explique Marc Bleuse, qui en donna une représentation à la Halle aux Grains de Toulouse en 2002. "À partir d’un élément indiqué, écrit, les interprètes doivent organiser une improvisation. " Régulièrement, au fil des cinq " tensons " (séquences) qui composent l’ouvre, revient une musique symbolisant le feu du bûcher qui menace Beatrís . Marc Bleuse voit dans cet opéra de Jacques Charpentier " une ouvre émouvante, lyrique, admirablement écrite, recherchant des couleurs instrumentales ". La musique de Jacques Charpentier offre ici une grande liberté dans l’utilisation des instruments.
Entretien avec Jacques Charpentier, compositeur de Beatrís de Planissòlas.
Le compositeur Jacques Charpentier a mené de front musique et carrière administrative. Cet ancien élève d’Olivier Messiaen, couronné par le prix Georges-Bizet en 1963, a aussi été repéré par André Malraux. En 1966, à peine âgé de trente-trois ans, il est nommé inspecteur principal de la musique au ministère des Affaires culturelles. Peu après, il entreprend la composition de l’opéra Beatris de Planissolas.
Pourquoi avez-vous eu envie de traduire en musique l’histoire de Beatrís ?
Jacques Charpentier : En 1967, j’ai lu l’ouvrage, le Procès de l’Inquisition à Pamiers, de Jean Duvernoy. Celui-ci a été le premier à avoir accès aux documents comportant les minutes du procès de Beatrís sous l’Inquisition. Il s’agit des plus anciens greffes en langue occitane. Les questions de l’évêque Fournier, les réponses de Beatrís : tout est rédigé en occitan. J’ai trouvé ce dialogue absolument sublime. Je me suis aussi intéressé au personnage de Beatrís . C’est par l’amour physique qu’elle est restée fidèle à la foi catholique. Elle débat avec l’évêque. C’est une femme très actuelle. Je n’ai pas eu besoin de me convaincre que cette histoire pouvait devenir un opéra. C’était une évidence.
Comment avez-vous travaillé avec René Nelli ?
Jacques Charpentier : Notre collaboration s’est très bien passée. Beatrís de Planissòlas était le premier livret d’opéra de René Nelli. Il m’a appris à bien prononcer la langue d’oc. Nous avions pour projet de réaliser ensemble cinq opéras. Une pentalogie ! Malheureusement, il n’y a pas eu de suite à Beatrís .
Qu’est-ce qui vous intéresse dans le catharisme ?
Jacques Charpentier : C’est la dernière hérésie chrétienne. C’est un phénomène de foi. Le catharisme a représenté la prise de conscience d’une certaine dimension spirituelle de l’homme. C’est une démarche vis-à-vis de ce que nous avons au fond de nous-même. La connaissance de ces fondamentaux nous permet de constater une certaine intériorité de l’homme. Les XIXe et XXe siècles ont décapité les notions d’imagination, de spiritualité, au profit de ce qui est pratique. Aujourd’hui, l’homme est handicapé. Notre époque ? Il faut en sortir.
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