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L'affaire Bernard Délicieux, qui se déroula en pleine période inquisitoriale, est emblématique de l'atmosphère qui régnait alors en Languedoc et de l'animosité de la population et même d'une partie du clergé catholique vis à vis de l'Inquisition, créée par le Pape pour éradiquer le catharisme.
Un long procès eut en effet lieu à Albi en 1286 et 1287 mené par un inquisiteur venu de Carcassonne, Jean Galand et l'évêque d'Albi, Bernard de Castanet. Celui là même qui décida de la construction de l'immense cathédrale Ste Cécile d'Albi. Onze bourgeois de la ville furent jugés et dénoncèrent près de 400 croyants hérétiques. Un chiffre énorme, voire excessif !
Bernard Délicieux, lecteur d'un couvent de Dominicains de Carcassonne, et donc pourtant prêtre catholique, dénonça ces excès. Mais les inquisiteurs revinrent à Carcassonne et continuèrent leur tâche de plus belle. Les habitants de la ville en appelèrent au roi de France Philippe le Bel, qui calma alors un peu le zèle de ces inquisiteurs.
Mais après quelques années l'activité du tribunal de l'Inquisition fut relancée, et là, ce fut la révolte. Les inquisiteurs se présentèrent au couvent des Dominicains de Carcassonne où s'étaient réfugiés les révoltés. Bernard Délicieux refusa de les laisser entrer. Deux ans plus tard en 1297 une nouvelle affaire mit Bernard Délicieux sur la sellette, quand l'inquisiteur D'abbeville voulut ouvrir le procès posthume de Castel Fabre, bourgeois suspecté d'hérésie. Ce bourgeois était enterré dans l'enceinte du couvent des Dominicains et était mort en bon catholique, entouré des membres de la communauté religieuse. Délicieux se chargea de défendre sa mémoire.
Il recommença à dénoncer les abus de l'Inquisition en 1301 au cours d'une audience que lui accorda le roi. Des enquêteurs royaux s'intéressèrent alors aux inquisiteurs et à l'évêque d'Albi, qui dut en même temps faire face à une nouvelle révolte de la population. Délicieux prit la tête du mouvement de révolte, qu'il structura, à Carcassonne, Albi et Cordes. En 1304 le roi de France Philipe le Bel dut se déplacer en personne pour régler la question mais il donna raison cette fois aux inquisiteurs.
Bernard Délicieux tenta alors de remettre le Languedoc entre les mains des Aragonais, en particulier à Ferrand, infant de Majorque. Le roi Jacques d'Aragon fut mis au courant de ce projet et en informa le roi de France qui fit condamner et pendre les révoltés et livra Bernard Délicieux au pape Clément V qui le retint pour ainsi dire prisonnier près de lui.
En 1310 Délicieux put se retirer près de Béziers, mais le nouveau pape Jean XXII le fit arrêter en 1317. Jugé à Castelnaudary en 1319, il fut soumis à la question, c'est à dire torturé et mourut en prison en 1320.
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