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Différent des corsos fleuris, des défilés de chars et autres cavalcades, le Carnaval de Limoux dont l'origine remonte au Moyen Âge n’est pas un spectacle, il est le contraire d’une parade. Il est un folklore à l’état pur, ce n'est pas non plus une reconstitution historique et c’est pour cela qu’il garde sa part de mystère et une certaine confidentialité. Il appartient à notre patrimoine culturel.
Si dans tous les Carnavals du Monde, il y a un cortège et des spectateurs, le Carnaval de Limoux est le seul où grâce à la « carabena » d’abord, à la « chine » ensuite, une osmose totale s’établit entre le masqué et le badaud. Le spectateur est indispensable à celui qui est masqué, il est le but de son déguisement, il devient un élément actif d'une comédie improvisée, à deux personnes au moins, où l'on s'envoie à la face les allusions les plus intimes, les plus paillardes, en général en occitan, sans considération ni de personne ni de milieu social. Les musiciens, une quinzaine environ, donnent le rythme aux masques.
Les masques dansent seuls, les bras levés, le geste de la main soulignant la mélodie. C'est la pureté de ce geste qui donne au Carnaval de Limoux tout son caractère solennel. Précédant la musique, les bandes sortent lors de la journée qui leur est consacrée. Derrière la musique suivent les "goudils", drôles, nobles ou plus ordinaires. Ils sortent généralement par petits groupes ou bien seuls, dans l'improvisation la plus totale.
Bandes et "goudils" se côtoient sans se mêler sous les arcades médiévales de la Place de la République, place entourée de cafés. La musique sort d'un café pour aller et rentrer dans l'autre. Les masques évoluent de café en café, s'arrêtant quelques instants dans chacun d'eux. Le café est en outre le lieu indispensable à la " chine ". En intriguant par des affirmations pertinentes, d'une voix transformée pour ne point être reconnu, le masque cherche à se faire offrir un verre.
Une vingtaine de bandes animent à tour de rôle les samedis et dimanches ainsi que le Mardi Gras, à 11 heures, 17 heures et 22 heures par des sorties préparées de longs mois à l'avance. Le Carnaval durent chaque année trois mois, de janvier à fin mars.
La sortie du matin, consacrée à un thème choisi dans l'actualité locale, nationale voire internationale, tourné en dérision est celle qui met en scène la bande qui sort la musique. C'est le propre du Carnaval de faire ressortir le côté drôle et parfois ridicule de la société et des règles qui la régissent.
A partir de 17 heures, les Carnavaliers revêtiront le pierrot, la collerette, la "carabena", la besace emplie de confetti, la cagoule, le masque et les gants en se laissant emporter par la musique. Le pierrot, différent pour chaque bande de par sa couleur et sa forme, donne à toute sortie sa spécificité.
La sortie de 22 heures, la dernière de la journée est la plus solennelle. La lueur des "entòrchas" (torches fabriquées à base de résine, de frison et de papier) ajoute l'odeur de la résine à la litanie incantatoire. Les airs joués, plus lents, participent à cette atmosphère si étrange et parent le Carnaval d'une aura de mystère...
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