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Terre blonde balayée par le vent d'Autan, le "vent qui rend fou", le Lauragais, qui tient son nom du petit village de Laurac, est fait de courbes et sinuosités. Courbes de ses douces collines, courbes du Canal du Midi qui le traverse de part en part, courbes des blés ondulants sous le vent, mais aussi les hauts et les bas, les gloires et les misères de son histoire mouvementée...
Le Lauragais coincé entre Toulouse et Carcassonne est une terre que l'on traverse, souvent sans y faire attention. Et pourtant, c'est ici qu'à deux reprises, à quelques siècles d'écart, une page de l'histoire du Languedoc s'est jouée. Le Lauragais est le berceau du catharisme occitan.
C'est dans les villes et villages de cette terre accueillante que vivaient et travaillaient hommes et femmes, simples croyants ou Parfaits, avant que la Croisade et l'Inquisition ne les chassent vers les "Citadelles du Vertige", en Corbières ou dans les Pyrénées.
Le Lauragais, c'est aussi le Pays de Cocagne. Terre opulente, qui fit la richesse de nombreuses familles languedociennes et toulousaines à la Renaissance, grâce à la culture du pastel. Les feuilles séchées de cette plante, roulées en boule, donnaient une teinture bleue unique, qui fut utilisée à travers toute l'Europe. Cette simple boule de feuilles, appelée "caucanha" en occitan, la "cocagne" en français, donna son surnom au pays. Le Pays de Cocagne, le pays de l'abondance et du bon vivre... L'expression est depuis lors passée dans le langage courant, sans que l'on sache toujours qu'elle vient de chez nous !
Le "Pays de Cocagne" mérite donc bien plus qu'un simple coup d'oeil jeté distraitement depuis l'autoroute :
Fanjeaux, perchée sur sa haute colline, habitée depuis l'Antiquité, où St Dominique s'installa pour lutter contre les Cathares. La maison dans laquelle il vécut est toujours visible. A voir aussi l'église de l'Assomption qui domine tout le village et la plaine du Lauragais, et le Segnadou, d'où St Dominique aurait vu des boules de feu s'abattre sur la plaine, signe de Dieu lui indiquant le lieu où il devrait fonder un monastère. Monastère qu'il fonda effectivement, destiné aux femmes cathares reconverties au catholicisme, et qui existe toujours à Prouilhe au pied du village (mais malheureusement architecture romano-byzantine du XIXe siècle, les bâtiments médiévaux ayant été rasés).
Le Seuil de Naurouze, qui marque la ligne de partage des eaux entre l'Atlantique et la Méditerranée. Le Canal du Midi y est alimenté par la Rigole descendue de la Montagne Noire.
Castelnaudary, que l'on dit parfois "capitale mondiale du cassoulet", plat régional dont elle revendique la paternité est une petite ville tranquille mais qui mérite une halte, avec son grand bassin et son port de plaisance sur le Canal, son Présidial et sa Collégiale St Michel, son ancien moulin farinier de Cugarel (il y en avait une trentaine sur la commune autrefois, c'est le seul qui subsiste)
Bram, théâtre d'un des plus terribles épisodes de la Croisade, un village au tracé parfaitement circulaire. Ce village était une importante étape sur la voie reliant Toulouse et Carcassonne à l'époque gallo-romaine, et la Maison de l'Archéologie Eburomagus est de nos jours une étape essentielle à qui veut comprendre l'histoire du Lauragais.
Saint Papoul, minuscule village qui fut du 14e siècle à la révolution le siège d'un Evêché, qui possède encore une abbaye romane exceptionnelle.
Saint Félix de Lauragais, ses maisons à colombages, conservant encore le souvenir d'un concile cathare à la fin du 12e siècle...
La Route du Cassoulet, enfin, sillonne tout le Lauragais audois et qui rassemble l'Alpha et l'Oméga du monde du cassoulet. Des fabricants de poteries et cassoles en terre cuite d'Issel, aux producteurs de haricots lingot, de confits, aux restaurateurs qui proposent le cassoulet traditionnel dans leur établissement, aux conservateurs, toute la chaîne est représentée dans cette Route Gourmande, qui permet de s'immerger totalement dans cette tradition culinaire séculaire.
C'est vrai, le Lauragais n'en met pas plein la vue. Ses paysages baignés de lumière incitent à la sérénité et au repos, loin des flux de touristes.
Une halte en Pays de Cocagne, c'est découvrir le "petit patrimoine", comme les moulins à vent, dont il reste encore quelques beaux exemplaires, et qui ont pendant des siècles accompagné la culture des céréales, donnant au paysage un air de vieille Castille. C'est tomber au détour d'un champ de tournesols sur un vieux château Renaissance, vestige de la richesse passée, c'est se promener sous les platanes du Canal, regarder les vieilles écluses prendre chaque bateau qui passe dans leurs bras centenaires...
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